Le galet

Elle m’attrape, m’enveloppe, m’examine, me soupèse, me fait glisser d’un doigt à l’autre. Je pense que je ne lui suis pas indifférent.

Parfois, elle me stoppe entre son index et son annulaire mais il est évident que je ne partirai pas en ricochets, je suis bien trop lourd.

Positionné à la verticale tel un menhir, j’enchaîne les tours sur moi-même. Puis je reviens au creux de sa main, chaude.

Je dois la rassurer. Elle m’étreint mais sans m’oppresser. Mon grain de peau ne doit pas lui déplaire. Nous échangeons nos caresses. Je suis lisse et doux. Pas d’irrégularités, ni dans la forme ni dans l’aspect.

A s’y méprendre, on pourrait me penser savonnette, une savonnette de Santorin par ma couleur violacée. Mais je n’ai aucune envie de m’échapper.

Non, je suis bien avec elle ! L’instant est serein. Hors du temps. Rien que nous deux.

Je suis persuadé qu’elle n’envisage aucun usage quelconque pour moi, tel un vulgaire presse papiers administratifs ou telle une décoration minérale sur un lit de sable.

Non, au premier contact, j’ai su que ma simplicité comportait l’essentiel.

La paume de sa main est faite pour moi ; alors je veux bien rester en son creux à enchaîner roulis et caresses …

Patricia