Grandir

Un an que tu étais partie loin de nous, un an que tu étais morte.

Il avait fallu toute cette année d’allées et venues entre raison et émotion, cette année de réflexions pour décider qu’aucun de nous ne pourrait ni acheter, ni entretenir cette maison où nous avions passé tant de temps, enfants, puis adolescents et enfin jeunes adultes découvrant la vie.

Mais avant de renoncer à cet ancrage, j’ai voulu y venir une dernière fois, seule, pour me reconnecter à ces moments précieux qui m’avaient construite.

J’y suis arrivée en fin de journée, ce mois de mai. La lumière était encore douce et dès la porte ouverte, ce sont d’abord les odeurs qui m’ont accueillie .L’odeur des vieilles maisons, l’odeur des meubles cirés mélangée à celle de l’humidité des maisons fermées depuis trop longtemps, le parfum sucré du souvenir, mêlé à celui âcre du jamais plus.

J’ai poussé les contrevents, retrouvant ces gestes oubliés dans mon quotidien automatisé.

Dans le verger et le jardin entourant la maison tous les oiseaux s’étaient donné rendez-vous pour m’accueillir. Un concert de pépiements d’oiseaux, chacun chantant sa partition plus haut, plus fort pour couvrir le chant de l’autre, célébrant le printemps, honorant la vie. Ils étaient tous là agités et joyeux dans une sorte de farandole sonore. Je savourais cet instant, me souvenant de ces matins où, enfant, blottie sous l’édredon de plumes, je guettais le jour dans ce joyeux tintamarre du printemps.

Je rentrais allumer le feu pour mettre de la tiédeur vivante dans ces murs désormais inhabités. L’eau chanta bien vite dans la bouilloire. Mes yeux s’habituant à l’obscurité maintenant présente, rencontrèrent la face ronde telle celle de la lune du balancier figé par le temps.

Tout est revenu en un instant…Les gestes de ce cérémonial que nous faisions à tour de rôle, selon un rituel : ouvrir le grand coffre de bois, prendre la clé, remonter le mécanisme dont chaque tour en grinçant nous faisait maître du monde, positionner les aiguilles sur les bons chiffres et d’un geste timide vie à l’horloge. La vie pouvait reprendre.

Tous ces gestes, qui avaient un goût de jamais plus, je les ai refaits

Le tic-tac de la comtoise a de nouveau résonné dans la grande salle, hypnotisant et rassurant, accompagnant cette soirée d’au revoir, cette soirée à partir de laquelle je devenais grande.

Marie