Comment vivent les statues ?

C’était, je me souviens, une nuit de pleine lune…

Louise avait passé la soirée à me faire des reproches sur tout et rien. Je l’ai écoutée et comme je ne voulais pas me fâcher avec elle, j’ai décidé de renter chez moi.

Rentrer chez moi à 2h du matin voulait dire que je rentrais à pied. Traverser la ville par cette nuit d’été me parut plutôt agréable, l’air était doux.

Je décidais de passer par le Square du Palais. L’éclairage de la ville jouait avec les ombres. Les grands chênes semblaient caresser les statues du bout de leurs feuilles.

Je passais non loin de la statue de Marcelline Debordes Valmore quand j’entendis un sanglot. Quelqu’un pleurait du côté de la statue. Je regardais autour de moi mais je ne vis personne alors, je m’avançais. Le banc était vide.

De nouveau, un sanglot là tout près. Je m’approchais de la statue. Personne. Je scrute les alentours. Personne. Je tourne autour de la statue. Personne.

C’est alors que je lève les yeux pour regarder la statue et quelle surprise de voir Marcelline, enfin la statue pleurer. De ses yeux coulaient des larmes de pierre qui glissaient le long de ses joues pour mourir sur le tapis de feuilles mortes, à ses pieds.

Je ramassais ses larmes, des petits cailloux blancs tout ronds. Je les posais au creux de ma main comme un objet précieux, les larmes de pierre de Marcelline Debordes Valmore.

Je levais les yeux quand je vis sa poitrine secouée par un sanglot.

Marcelline dis-je tout bas.

C’est alors qu’elle posa son regard sur moi. Un regard vivant enfermé dans la dureté et la froideur de la pierre.

Mais………… dis-je sans pouvoir continuer ma phrase tant j’étais stupéfait de ce spectacle.

C’est alors qu’elle me parlât, le son de la voix était doux, triste et langoureux.

Simon, me dit-elle, crois-tu que j’ai un cœur de pierre ?

Je la regardais attendri.

Le sculpteur m’a enfermée dans la pierre mais je suis bien vivante. J’ai accepté d’être enfermée pour ne pas mourir. Je ne peux vivre que la nuit.

Mais…dis-je éberlué.

Les autres statues ont le même sort que le mien sauf que certaines ont négocié un peu plus de liberté. Je n’ai pas su faire. François Villon qui est là-bas, dans la 3ème allée peut sortir de sa prison. Il y a une petite porte au pied de sa statue et toutes les nuits, il vagabonde dans les rues, s’informe de l’actualité. Parfois, il rencontre des couchetards ou des gens qui dorment sur les bancs. Ils papotent souvent, déclame des vers ou va prendre un verre chez Félix avant qu’il ne ferme son bistrot.

Il vient souvent me voir. Il me raconte la ville et ses rencontres. Il me dit des vers. Il sait si bien parler que je me suis mise à l’aimer.

Mais…ces larmes ?

François ne vient plus depuis des mois et je suis inconsolable.

 Guylaine Descamps

Le 6 octobre 2015

Atelier Mot à mot

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