Chère flamme amie

Ce soir, pour seule compagnie, cette petite flamme qui danse devant mes yeux et parfois vacille quand le vent souffle trop fort. La météo marine a annoncé force 6 à 7, elle ne s’est pas trompée.

La nuit est tombée vite. Je n’ai pas fermé les lourds volets de bois comme habituellement lorsque je veux me sentir bien en sécurité.

Je suis là tranquille, assise à mon bureau, heureuse à l’idée de m’accorder ce temps de répit, loin de tout bruit et sollicitation extérieure.

Par la fenêtre je devine les arbres qui se tordent et gémissent. Il ne ferait pas bon mettre le nez dehors. Une lueur inconnue qui tremblote dans le noir attire mon attention et m’intrigue. Quelle est-elle, d’où vient-elle ? Un feu follet perdu dans la lande bretonne. Je n’y crois pas, mais sait-on jamais.

Cette maison au loin. Qui peut bien y vivre ?

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Chère flamme amie,

Qui a bien pu t’allumer en cette soirée d’hiver ?Qui t’a donné vie ? Sûrement quelqu’un qui sait qu’il faut « tenir une lampe allumée », comme le dit le cantique que le psalmiste chante et répète inlassablement.

« Car nul ne sait ni le jour ni l’heure ». Les textes bibliques n’ont pas de secret pour toi. Aussi, tu te tiens prêt.

Voici ma première hypothèse. Rien ne me dit qu’elle soit juste.

La nuit se fait de plus en plus noire, l’heure a tourné.Es-tu auprès de ce vieil homme malade qui attend l’aurore avec impatience ? Cette nuit qui n’en finit pas pour son corps usé par les ans et son âme souffrante. A quoi bon vivre lorsque la douleur est trop forte ?

Dans quelques heures, il fera jour et alors l’espoir renaîtra. Cet oiseau qui pépie sur la branche nue, ce soleil naissant est une promesse de vie.Pourquoi n’aurais-tu pas été plutôt allumée par cette jeune maman allaitante. Encore hésitante et maladroite elle expérimente son nouveau métier qui ne s’apprend dans aucun livre. Cette lumière douce ne viendra pas éblouir les yeux de son nouveau-né et ne fatiguera pas davantage ses yeux tout ensommeillés. Il ne dort pas beaucoup, les deux n’ont pas encore trouvé leur rythme.

Pourquoi n’aurais-tu pas été allumée par cette mère inquiète au cœur de la nuit. Son fils est parti, contre son gré, avec des amis pour fêter le permis tout nouvellement obtenu. Dans quel état reviendra-t-il ? Sans doute aura-t-il du mal à retrouver le chemin de la maison. Cette petite lumière le guidera dans l’obscurité profonde comme un phare pour le bateau battu par les flots.

 

Lumière qui guérit de la peur, qui nourrit et rassure l’absence, soigne et adoucit la solitude.

Que celui ou celle qui t’a donné vie en ce soir, reçoive mes amicales salutations

Valérie