Le vent

L’automne est bien là, et avec lui, la dépression et la chute. Je sais que le temps nous est compté et que je suis condamnée à disparaître, comme toutes mes congénères caduques, pour que la vie puisse resurgir dans quelques mois.

Je résiste, je suis solide, je serai dans les dernières à tomber. Notre ennemi est à l’oeuvre, il souffle tant et plus ces derniers jours pour arracher à nos branches leurs dernières couleurs jaune doré, orangé, frôlant le rouge parfois. Celui qui caresse en sifflant jette toutes ses forces dans la bataille ; désormais, il gifle en rugissant. Indomptable, c’est à cette période de l’année qu’il montre toute sa sauvagerie. L’allée des tilleuls tient bon mais les sommets s’agitent, oscillent de gauche à droite, toujours plus échevelés, dégarnis puis chauves. Je vois les platanes d’un orange flamboyant au loin. Ils semblent moins ballotés, leurs feuilles semblent tenir le choc mais notre destin est inexorable : nous allons mordre la poussière. 

Les hurlements se calment mais le répit sera de courte durée, c’est certain. Le tapis doré que formaient mes congénères déjà tombées est à présent dispersé. J’observe, peut-être pour la première fois, les hommes et les femmes rentrer leurs fleurs, leurs plantes qui persistent dans leur verdure. Elles n’y résisteraient pas. 

Je n’ai plus de force, ce qu’il me reste de vie ne tient plus qu’à un fil ; c’est un miracle que je m’accroche encore. L’arbre mère s’est nourri de tout ce qu’il me restait pour affronter l’hiver et son vent glacial. Aurais-je préféré naître oranger ou caroubier pour rester verte en en vie plus longtemps ? Je ne crois pas. Savoir que je vais finir dans un tourbillon, dans une danse folle, portée par un vent déchaîné, ou peut-être par un simple souffle apaisé qui me fera flotter quelques demi-secondes jusqu’au sol, m’a fait me sentir pleinement vivante. 

Dans un dernier souffle, je laisse ma place à des futurs bourgeons de vie. 

Noémie