Confidences d’un banc

Combien de culs, fesses, popotins ai-je connu ?
Combien d’histoires, toutes si singulières même si les grands thèmes restent sensiblement les mêmes : la vie, l’amour, la mort… les histoires qui commencent, celles qui se terminent, celles qui comblent de bonheur et celles qui déchirent…
Combien d’humains ai-je connu ? Les solitaires, les amoureux, les amants, les gros durs et les grands timides, les bien rangés et ceux en marge, les bourrés du matin et ceux du soir, les insomniaques la nuit et les adeptes de la petite sieste en milieu d’après-midi.
Combien de larmes aussi, combien de chagrins ai-je connu ?… de ruptures, de pertes ?
Toutes ces voix… elles m’ont parfois caressé ou bousculé, mais aussi agressé, envoûté, amusé, terrifié…
Combien de sacs oubliés, de vestes, de pulls, d’objets parfois vite retrouvés mais si souvent définitivement égarés… les sandwichs à moitié terminés laissés par un employé pressé attirant quantité de pigeons et d’oiseaux gourmands ou affamés qui ont laissé mon assise en bois souillée ?
Combien de petites mains prenant appui pour essayer de grimper sur moi, tout seul, comme un grand ?
Le vent, la pluie, le froid, le soleil, la neige parfois… soumis à toutes les intempéries, mes couleurs se sont ternies, et pourtant, je semble toujours aussi apprécié pour ne pas dire chéri !
J’entends les soupirs de soulagement des vieilles dames fatiguées d’avoir un peu trop marché et ceux des mamans qui n’en peuvent plus de courir après leurs garnements.
J’ai connu des pleurs d’enfants et des caprices de grands.
Des adolescents devenus parents se souvenir de moi et raconter à leurs enfants les histoires cocasses autour de ce banc… ce banc, c’est moi, fidèle au poste, toujours présent, fatigué mais solide et accueillant à défaut d’être confortable.
Je suis là pour vous… asseyez-vous, essayez-moi !

Merci !

Chrystel