Une vie auprès des chats

Mon siamois se laissait dorloter dans un panier douillet, j’avais cinq ans. A la même époque, chaque fin de semaine, je caillassais les chats de ma grand-mère qui n’étaient pas de la même graine. Chats sauvages à demi, mangeant pain sec et souris, ils me narguaient de leur liberté. Jamais dedans, toujours dehors, chasseurs ou chassés, une vie en grands espaces. Je ne sais pas ce qu’est devenu mon siamois, pour les autres je devine un peu mais pendant au moins vintg ans aucun ne les a remplacés.

Mon Red Point, que je ne savais nommer ainsi avant qu’un spécialiste ne l’identifie, est entré dans ma vie comme un petit rat pris au piège et de suite libéré. Du petit rat, de laboratoire, pas d’égouts, il avait en commun le poil blanc et léger sur une peau rosée. Ses yeux bleus viraient au rouge selon la lumière. Il avait une sorte de queue annelée, red, white, so red point !

Ce chat constitua un acte d’affirmation solennelle lorsque je l’imposais à celui qui devint plus tard le père de mes premiers enfants. Par bravade il choisit son nom et Taxi devint notre chat. Il avait échappé à la noyade il pourrait tout autant échapper au ridicule. Taxi a eu une belle vie de chat-bi. Chat errant de gouttières en trottoirs souillés. Chat de salon se coulant dans les berceaux près des nouveau-nés endormis. Chat aimé longtemps, pleuré et enterré à Noirmoutier sous le grand pin au fond du jardin.

Alexis était en sixième lorsque Jules-César et Cléopâtre atterrirent presque à la maison. Chats abandonnés au bord d’une autoroute, chats petits déjà grands mais pas chatons, frère et sœur mystérieux. Cléo tétait le dessous doux des oreilles de son frère qui du noir passât au roux. Cléo était placard, chaussettes à trimballer dans tout l’appartement. Pulls moelleux à y enfouir ses griffes et ronronner des heures. César était frigo, poubelles, pigeons épinglés en vol sur la terrasse. La belle et la bête. Le ronron de mes chats et les biberons, leçons des enfants, une vie de famille qui s’accomplie dans le temps qui passe. Des coups de griffes, des coups de gueule, mais l’assiette est toujours pleine et des caresses à n’en plus vouloir. La belle Cléo est partie, jetée en vol du quatrième, jamais retrouvée et présumée en vie ailleurs.

Changement de décor, un jardin enfin et César à miauler si beau, faisant des mines au fond du décor. Chasseur tantôt puis aristo fait son cat si bien qu’il attire en ribambelles mâles et femelles. Second acte d’affirmation, j’invite une Cléo bis, écaille de tortue, tordue serrée dans un collier rose meurtrier. Sauvageonne du bout du jardin au bout du salon, la tête dans les croquettes accepte enfin ma main. Je te garde, te vole sans doute à un maître oublieux, reste-là César a besoin de ta vitalité pour courir le merle moqueur et la souris verte.

Moins y’a d’enfants, plus y’a de chats, c’est mathématique.

Et puis Bob. Bob n’aime pas les chats, Bob séduit les humains. Ronrons et pattes de velours, yeux verts délicieux et pelage fourrure.

Bob s’impose.

Bob s’oppose à César. Cléo s’en fout.

Alexis et Clara ont aussi, ailleurs, leurs propres chats.

Bob pisse un peu partout, marque beaucoup son territoire. Layachi, mon homme à chats, mon véto dit « CASTRATION ». Bob à queue cassée à couilles perdues en troisième position dans le passage à la gamelle. Gros Bob ronronne, tatoué, aimé, adopté, Bob existe avec nous.

Est-ce pour me faire payer la castration que ce qui reste d’hommes à la maison s’affirment.

Philippe nourrit.

Victor caresse.

Philippe accueille, Victor conforte Félix en la demeure. Félix, noir, blanc, fourbe, feule de rage quand je l’expulse, grogne sur la main qui le nourrit, ne ronronne jamais.

Félix, prends garde à toi, je vais te chasser !

BN