Ma vie moderne

Le maître d’œuvre me l’avait dit, la maison moderne c’est l’avenir. Vous avez de l’argent n’hésitez pas, l’électronique la domotique tout est écologique.

Moi j’en avais peur, venant de la campagne j’avais toujours vécu au plus simple. Une formule qui m’allait bien  » fonctionnalité ». Un bouton qu’on allume, une porte qui se pousse une clé qui ouvre.

Et voilà, je suis acculé, dos au mur, contraint de suivre de nouveaux préceptes.

Apprendre à composer avec des doigts qui claquent, une main qui palpe, un œil qui cligne. Malgré cette déclinaison d’efficacité instantanée, rien n’y faisait. Malheureusement, toute ma petite famille s’était rangée du côté obscur de la modernité.

Ne plus rien faire, laisser la paresse s’installer doucement devenait insupportable mais trop tard! Ils étaient contaminés. Malgré mes efforts, je constatais que mes expériences étaient toutes infructueuses.

Regardant mes gros doigts boudinés, qui tentait désespérément de jeter quelques mots sur un téléphone ultra miniaturisé sans succès.

J’avais donc opté sur la reconnaissance vocale qui, lors d’un sérieux rhume, me ramenais au point de départ. Je criais donc ma révolte, je me descendais dans la rue afin de me manifester contre cette réduction de l’homme soi-disant moderne.

Grâce à dieu, un jour le miracle se produisit de retour de vacance, ou ma femme eut une révélation en admirant les dents plantés sur ses lèvres, la coupe rase faite à sa roseraie. Le bonheur était à son comble constatant que les dégâts ne s’arrêtaient pas là. Les robots s’en étaient donnés à cœur joie, de la mousse écumant de bave de la machine à laver, de l’aspirateur tournoyant virevoltant sans partenaire dans toute la pièce, de cette lumière aveuglante et ces volets clos.

C’en était trop! Il fallait agir et prendre la balle au bond. C’est décidé, nous vendons.

June