L’île de ma liberté de penser

Le jour descend mais la lumière reste belle avec cette boule orangée, qui donne l’impression de prendre toute la place dans l’immensité du ciel.

Je contemple sans dire un mot, j’écoute juste le vide de mon corps me crier sa douleur.

Mes épaules sont lourdes, la sueur coule lentement de mon front je la sens s’évader.

Mes pieds compressés ; les fers empêchent mon sang de circuler.

C’est au moment du dernier coup du sifflet du maton, annonçant la fin des coups de pioches, que je mesure ce que le mot silence veut dire. Les cailloux se taisent, la poussière rejoint la terre.

Assis en tailleur les yeux rougis je pense au chemin parcouru.

Toujours vivant pour un mort en sursis. Mon évasion mentale est à cette heure précise, chaque jour qui passe me donne la force de vivre mes pensées, chaque jour je travaille pour qu’elles m’amènent loin, au plus loin de cette île qui m’emprisonne.

Assommé par le soleil 365 jours par an, c’est le moment de faire l’inventaire de ma vieille carcasse. Méthodiquement je passe en revue la moindre parcelle de ce corps qui joue son rôle par automatisme chaque jour. Malgré tout, je sens que je peux encore, je peux encore couvrir la distance.

Je suis un résistant qui a appris à résister au temps qui passe. Je regarde cette boule sombrer dans la mer morte s’offrant une parenthèse, dans cette nouvelle pénombre envahissant mon environnement. Ma vision se brouille, pourtant mon esprit reste en éveil.

Je reste suffisamment concentré pour écouter les battements de mon cœur, doucement je glisse au fond de moi. Je chute dans cette espace intérieur sans fond, rien pour me raccrocher je tombe. Je suis grisé de la douceur du vide enivrant ma chute. Soudain la secousse, un tremblement de terre, la main du gardien vient me rappeler à mon quotidien.

Je reviendrais demain…

June