Issidore le chat

La maison était sombre. Je ne la connaissais pas. Première visite. Quelques heures à passer là. J’avais répondu à l’annonce.

 » Etre là, jusqu’à minuit, une compagnie »

L’annonce ne disait pas plus. Qu’étais-je venue faire là ? Pas âme qui vive. Le code donné dans le message avait déverrouillé la porte. J’étais entrée. Pas un bruit, pas une lumière, rien. Je déboutonnai mon manteau, la maison était agréablement chauffée. J’appuyai sur le premier interrupteur que je trouvai. Une lampe posée sur une console diffusa une lueur pâle.

Dans un vieux fauteuil de velours gris, dormait un chat, un énorme chat. Je déposai mon manteau sur le dossier d’une chaise et pris place face au chat, dans un fauteuil de velours bleu. Il ne bougeait pas, ne semblait pas s’apercevoir de ma présence.

Neuf heures sonnèrent, je ne sus d’où vinrent le tintement des heures mais il suffit à réveiller le chat. Il ouvrit un œil, puis deux, s’aperçut de ma présence, me fixa un instant. D’un coup il s’étira, d’un bond, il sauta du fauteuil. Il fit quelques pas dans ma direction et gagna mes genoux. Alors il se mit à ronronner, à malaxer de ses grosses pattes mes cuisses, mon ventre. Je n’osai le toucher, ni le caresser. Il était lourd, très lourd. J’aurais aimé le remettre à terre, mais il n’était pas décidé à quitter la douceur de mon jean, ni le moelleux de mon pull-over. Après avoir testé la résistance de mon ventre, il se coucha. Il ronronnait toujours. Enfin il ne bougea plus, il avait trouvé la position idéale. J’attendis. La maison était silencieuse. Aucune autre lumière que celle de la lampe. Le chat s’endormit sur moi.

Je guettai un signe, un grincement de porte, un pas sur le plancher, un moteur de voiture. Il n’y eut rien. La maison dormait, je veillais. Dix heures sonnèrent à la même pendule. Le chat ne bougea pas. Sa tête reposait sur mon avant-bras. Peut-être m’endormis-je, car quand onze heures retentirent, ma tête vint frapper le bord du fauteuil. Le chat dormait toujours. J’aurais aimé étendre les jambes, les bras mais impossible de bouger.

Quand la pendule sonna minuit, le chat se réveilla, s’étira, me regarda avec des yeux doux et sauta à terre. Il fit quelques pas et regagna son fauteuil. Il s’étira à nouveau et se coucha. Son corps reprit la position idéale. Il ferma les yeux et ne bougea plus.

Je me levai, libérée d’un poids qui n’avait que trop duré. J’enfilai mon manteau, appuyai sur l’interrupteur et refermai la porte derrière moi.

Véronique