Coupable

Cette pluie, alors qu’hier encore le ciel était si bleu et la saison bien douce.

Le temps a basculé dans la noirceur, réclamant sa rançon pour nos crimes. Que faisait- elle cette vierge folle, cette sainte Nitouche à écarter les cuisses pour accueillir un blanc-bec qu’elle connaissait à peine ? Que pensait-elle en lui offrant son corps alors qu’elle me l’avait à jamais refusé ? Que méritait-elle en m’exhibant toute l’horreur de sa trahison ? Coupable, elle est coupable de sa folie.

Je fais bonne figure, j’irai même à la fin de la cérémonie présenter mes condoléances au mari. Pauvre idiot, paumé, pleurant tout doucement la perte de la femme infidèle. Elle est coupable de cette peine là aussi. Car c’est bien lui qui devra supporter tout à la fois la fin d’un amour pourri par l’adultère et la mise en terre de la salope adorée.

Et le passeur ? Qui pense à la vie finie du passeur ? Qui le plaint ? Un pauvre bougre un peu frustre certes mais qui en d’autres heures aurait reçu une médaille pour avoir défendu la loi. Elle est coupable de l’avoir envoyé en prison, malheureux guignol supplicié pour la règle.

Je m’en veux, je m’en veux terriblement. Si j’avais osé, si j’avais eu le courage. Je l’aurais séduite ou prise de force si elle s’était, une fois de plus, refusée à moi. J’aurais parcouru son corps de mes mains amoureuses ou ravageuses. J’aurais arraché ses cris de plaisirs ou ses supplications.

Et puis tout doucement, j’aurais refermé mes mains sur son cou charmant puis serré fort, de plus en plus fort, jusqu’à entendre son souffle s’évaporer.

J’aurais pris mon dû, moi qui constamment, avec dévotion lui avait offert un rempart contre l’ennui. Moi qui offrais la couleur à son morne quotidien. Elle m’a volé ce bien, coupable elle m’a dérobé cette dernière extase. Alors aujourd’hui, je ne partage pas leur chagrin, je pleure sur moi, sa principale victime.

BN

 

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