Jeu de piste

              Aujourd’hui elle se présente comme un jeu de piste, un parcours dont il faut retrouver les indices: des objets, des mots, des personnes, dans des lieux que je ne connais pas encore, ou que j’ai visités, habités, il y a longtemps.

            Aujourd’hui, c’est ainsi qu’elle se présente parce qu’elle se joue de moi et de l’endroit où je me trouve. Une librairie.

            Depuis quelques mois, je passe régulièrement à la recherche d’un livre qui se dérobe, soit le libraire ne l’a pas en rayon, soit il l’a déjà vendu, soit il l’a commandé et l’a déposé nonchalamment sur une étagère, un client intéressé l’a acheté. A chaque fois je repars avec dans mon sac, non pas un livre imprimé, mais un cahier dont les pages se couvrent de mots. Le lieu m’inspire.

            Ce jour-là, le livre espéré s’était égaré entre deux piles d’invendus. Il faisait chaud, comme dans ces fins d’après-midi d’été, la porte de la librairie restait ouverte et signifiait aux éventuels clients qu’ils pourraient trouver leur bonheur. Le libraire avait mal aux dents, un patient s’était désisté, il avait accepté le rendez-vous chez le dentiste, in extremis. Il me laissa seule avec celui qui comme moi cherchait des mots, des mots à lire, ceux des autres et des mots à écrire, les siens. L’homme m’offrit un rafraîchissement, un jus d’orange. Il allongea peu à peu ses phrases, les interrogatives devinrent suspensives, puis elles laissèrent place au silence. Le libraire revint, arborant un sourire figé. Les voix de la rue entrèrent et des mots sonores envahirent à nouveau l’espace.  

            D’un personnage à l’autre, d’un mot à l’autre, mon écriture cherche sa voie. Parfois elle tombe d’épuisement.

            Ce soir, elle bondit et rebondit sur les couvertures des livres posés sur les étagères, au hasard. Les titres m’interpellent comme les poteaux indicateurs balisent les routes et les chemins. Je les laisse prendre sens. Le jeu vaut pour Beckett, « Rencontre » par Charles Juliet, pour « Causes perdues », tout là-haut sur l’ultime rayon et pour cette première de couverture aux lettres gris argent  » De la magie ».

Véronique

25/09/2014

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