Mes maisons

Ma maison.

Je devrais plutôt dire mes maisons.

Je ne veux pas de maison, je les veux toutes.

Un soir chagrin, il faut arriver chez Coline et sa maison de pierres sèches au fond de l’allée. La maison de Coline est ma maison des soirs noirs. La porte grince un peu quand j’y entre et cette façon qu’a Coline de me serrer sur ses seins ronds libère mes larmes. Elle me cale ensuite au creux d’un ample sofa, près du feu qui rend orange les murs sans couleur. Elle me sert un bol chaud, soupe, grog, thé. Mes larmes en y plongeant m’en disent la saveur. Et puis Coline me parle d’elle, de ceux qui sont passés ces jours-ci. Bonheur, joie aventures, je m’évade et les rejoins.

Coline me bercera de ses mots et nous nous endormirons serrées dans cette seule pièce que je connais de sa maison.

Un jour tonique, c’est à la maison du grand large que je me rendrais. Elle se trouve sur une île au point très resserré où l’est et l’ouest s’accordent presque. La clé peine à ouvrir la serrure et les araignées nous coiffent de leurs toiles tissées tout l’hiver. Il ne faut pas y arriver avant avril, sinon l’humidité nous en chasse. Il faut y venir en bande, enfants, amis, tous joyeux. Aérer longuement, arriver le matin, mettre des bûches dans la cheminée et jouer très tard aux cartes le soir en buvant un peu pour que les couchages soient moins rudes.

Le matin d’après, déjà la maison aura repris vie, confiture, café, pain frais et chocolat pour un long petit déjeuner partagé. Les murs sont aussi blancs que la saison d’avant, les dalles ocres ont gardé la chaleur de la vieille. Nous allons devoir repeindre les volets et réduire la folie végétale du jardin. Cette maison restitue l’énergie qu’on lui apporte.

Et puis, il y a quand même ma maison. J’en ai bien une. Je ne la rêvais pas ainsi et la recolore régulièrement d’envies Je voulais un jardin pour fouiller la terre, tailler, arracher. Il est là, sauvage si je ne le maîtrise pas J’aime y lire, y siester, y dîner. Je voulais des chambres pour tous les enfants, ainsi fut fait mais ils ont déguerpi, envolés ailleurs, normal c’est l’âge. Ca ne remplace pas mais autant de chats y ronronnent maintenant. C’est une nouvelle fratrie, chacun son lit. Dans la maison, c’est ma chambre que je préfère, surtout l’hiver. Plonger sous la couette à deux ou s’y laisser glisser seule, un livre à la main. C’est un lieu de paix, assez vide, un peu vaste, très clair. J’y ferais bien pousser une annexe. Une terrasse avec murs, m’isolant du vent et pas du ciel. Et là, les chauds soirs d’été je rebâtirais ma maison au ras des étoiles. C’est de cette immatérielle maison que je rêve souvent. Palais un soir, cabane demain. Vide ou pleine à l’envie. Seule contrainte, qu’il y fasse chaud, qu’on y mange bien et qu’on y rêve loin.

                                                                             BN

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