Je viens de glisser cette lettre sous votre porte

Je viens de glisser cette lettre sous votre porte. Lorsque vous l’ouvrirez, observez depuis votre salon la maison aux volets bleus de l’autre côté du pré. C’est là que j’ai échoué il y a quelques temps. « Échoué » est le mot, ma vie était un naufrage. Il me fallait fuir, aller vers une solitude absolue. La côte bretonne !

Le climat, ici, en hiver, se prête particulièrement aux tourments de l’âme. La violence des éléments se marie à la cacophonie intérieure qui m’habite, m’assaille, me submerge. Tout le jour, j’arpente le chemin de la côte. J’hurle ma douleur dans le vent tempétueux qui l’étouffe et seules les mouettes rieuses y répondent de leur cri sarcastique.

À la nuit tombée, je rentre, allume un feu de cheminée et m’installe dans le grand fauteuil anglais, face à la fenêtre.

Et tous les soirs, j’aperçois de l’autre côté du pré la lueur vacillante, comme en reflet de la mienne, d’un même feu de cheminée : la vôtre.

Mon « île » n’est donc pas déserte ! Jour après jour je me surprends à guetter, attendre votre petite balise, curieux, enfin! d’une autre vie que la mienne. Seriez-vous Vendredi ?

Vous me trouverez peut-être un peu fou mais j’aimerai vous connaître. Répondrez-vous à cette pauvre bouteille à la mer ?

Où viendrez-vous frapper à ma porte pour partager un peu de chaleur au coin du feu ?

Julie

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *