Chère âme solitaire

Chère âme solitaire,

Vous, qui au loin, avez allumé cette lumière, quelle est votre intention ? Hier déjà, je l’avais remarquée. Mais ce soir je la distingue mieux. Je sais exactement quel point de la falaise elle éclaire. C’est un lieu que je connais bien, on y accède par un petit sentier, entre rochers et bruyères. Souvent dans mes promenades j’y ai laissé mes pensées et mes rêves. A l’extrémité de la terre, juste avant de tomber dans le vide, la maison vous recueille. Ramassée contre la bute, aux pierres sans vanité, elle s’offre aux semelles fatiguées. On pose son sac, son vêtement, et on allume la cheminée. Alors la vie reprend, simple. On calme ses ardeurs, on apaise son cœur, on relève la tête.

Hier, j’y ai vu une brève lueur, j’ai cru à un reflet de lune, mais ce soir pas de doute, la lumière est bien vive, pas un flambeau, pas un lustre à pampilles, l’éclat franc d’une lampe tempête.

Chère âme solitaire, que fais-tu là au bout du monde ? Pourquoi avoir allumé la lumière ? Cherches-tu la compagnie des hommes ou est-ce par mégarde que tu as tiré le signal de ta présence. Je m’interroge. Je veille. Là, au-dessus des flots, je sens tout-à-coup la solitude que les éléments rugissants me cachaient. Je brûle par intermittence d’avoir une réponse.

Pour avoir quitté la terre et ce petit bout de falaise, il m’a fallu du courage, et te voilà !

Tu fais concurrence aux étoiles, tu donnes à mon regard la direction de l’horizon. Que faire d’autre ? Tel est le pouvoir de la lumière qui brule dans la nuit noire. J’attends avec impatience l’aube colorée pour que tu disparaisses et ne réveilles en moi le désir de la terre.

Véronique

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