L’homme au nid

Edmond, l’homme au nid

 

Edmond a travaillé tard cette nuit-là. L’atelier est plongé dans la pénombre. Juste au-dessus de l’établi une ampoule de 40 W, couverte de chiures de mouches, diffuse une lumière blafarde, fatiguée comme lui.

Les hirondelles, elles, l’observent du coin de l’œil et du haut de leur nid, attendant le moment où enfin elles pourront s’endormir quand lui-même ira se coucher.

Il lui faut finir ces mains auxquelles il travaille depuis plusieurs semaines, sorties du bloc de hêtre qu’il compte offrir à Fanny demain pour ces 15 ans.

Les yeux rougis par l’effort et la longue veille, un sourire de satisfaction aux lèvres, il éteint la pâle lumière. C’est l’heure de se coucher.

Dans sa chambre, se trouve un garçonnet aux cheveux couleur châtaigne, une des couleurs qu’Edmond affectionne particulièrement. Elle lui rappelle la saison de la chasse où les sous-bois sentent si bon le champignon.

Passé le premier moment d’étonnement, Edmond découvre Pierre –c’est son nom- qui l’observe d’un air goguenard tout en sautant à qui mieux mieux sur le vieux lit qui grince de bonheur. Cela lui rappelle d’un coup le « bon vieux temps » lorsque les garçons jouaient allègrement à qui sauterait le plus haut jusqu’au jour où l’un d’entre eux s’était violemment fracassé le crâne et où Luce, son épouse, avait interdit ce genre d’excentricité. Tout cela c’était tellement vieux maintenant.

Edmond, sans être pour autant décontenancé, saisit une de ses pipes préférées posée sur le guéridon de marbre veiné de noir. « Mais d’où sors-tu donc, que fais-tu là ? ». « C’est pour l’hirondelle qui couve sur votre bonnet de laine grise … et en vous attendant je m’exerçais pour le prochain concours de trampoline. J’ai de bonnes chances de gagner ».

Valérie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *