Fanny et Alexandre

Fanny la blonde évanescente, la femme sortie d’un songe, est un jour allée dans une agence immobilière à la recherche d’une maison convenant à ses aspirations – indicibles. Dur travail pour l’agent immobilier ! On est loin de l’échoppe bordelaise, se dit-il. Voyons voir…Je vais l’envoyer chez Alexandre le Passe – Murailles, qui a mis en vente sa villa à la romaine. Je ne vais pas l’accompagner, cette maison me fait peur, je ne sais pas pourquoi.

– Voici les clés, chère Madame, je suis très occupé, je vous laisse visiter cette maison à votre guise, le propriétaire est absent.
– Merci, Monsieur l’agent.

Elle prend les clés de son air rêveur de ne pas y toucher et disparaît de sa démarche évanescente.

Fanny la belle entre dans une sorte de vestibule fort aéré : la lumière, qui vient d’une ouverture dans le toit, baigne tout l’espace. Personne, pas un bruit. Une présence cependant, comme une respiration. Elle fait lentement le tour du bassin de marbre. Pas une goutte d’eau, l’été est torride. Elle se sent observée, commence à être un peu inquiète. Cette pièce inattendue dans une petite rue de Nansouty lui fait penser au plan des villas romaines qu’elle étudiait enfant au collège. Qui peut être le propriétaire ? Un poète, un professeur d’histoire, peut – être un Romain évadé de l’Antiquité ?

Soudain un cri, une masse noire se jette sur elle et lui arrache son sac : la femme sortie d’un songe avait oublié de fermer la porte, et Ludo l’ado est entré à sa suite : capuche sur la tête, caleçon dépassant largement du pantalon baggy, alerte dans ses tennis, il a vite vu là une occasion de se faire un peu d’argent : Fanny l’évanescente ne peut être qu’une bourgeoise friquée qui fait refaire à grands frais sa blonde coiffure tous les mois.

Il la pousse, elle tombe. Il s’empare du petit sac de plastique dans lequel Fanny l’évanescente stocke ses poèmes préférés, et disparaît.

Pierre le curieux jette un coup d’œil par la porte laissée ouverte : une blonde évanescente gît sur le sol dans un décor de péplum : « Ils doivent tourner un film, se dit Pierre, éloignons-nous. ».

Plus personne dans la pièce. C’est alors qu’un léger brouillard commence à suinter d’un mur, et Alexandre le Passe – Murailles prend rapidement forme. Il s’approche de Fanny l’évanescente évanouie et la prend dans ses bras.

– Combien la maison ? demande l’évanescente.
– Pas cher, ma chérie. On peut passer le sous-seing.

Catherine

 

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