Pour mes vingt ans

Pour mes 20 ans, mes copains qui n’étaient pas à une blague de potaches près, n’avaient rien trouvé de mieux que de m’offrir un perroquet. Un oiseau vivant bien entendu, pas un Ricard-menthe. Ils me connaissaient suffisamment pour savoir que je ne bois pas de Ricard. Il fut immédiatement baptisé Coco comme il se doit. Ce n’était pas un majestueux ara mais un perroquet banal, une sorte de grosse perruche jaune et verte. Il ne parlait pas, il n’a jamais émis le moindre son d’ailleurs.

Dès les premières lueurs de l’aube, l’oiseau avait pour sale habitude d’aiguiser son bec, en se suspendant aux barreaux horizontaux de sa cage, faisant ainsi vibrer les tiges de métal qui produisaient alors un son strident totalement insupportable. Imaginez un artisan sadique qui déciderait de venir affûter ses outils en métal au pied de votre lit tous les matins sur le coup de 5 heures ! C’était mon quotidien. J’appris que la seule issue pour dormir un peu était de recouvrir la cage d’une épaisse couverture afin de le laisser dans l’obscurité. Sauvé provisoirement ! Sa perfidie était hélas sans limite, il arrivait à propulser les débris de ses graines et ses déjections à plusieurs mètres de sa cage, de préférence sur ma moquette claire.

Étudiant, j’habitais dans le vieux Bordeaux, au premier étage d’un immeuble, un petit appartement qui donnait sur une cour intérieur. Le mur d’en face s’arrêtait au second et je bénéficiais ainsi d’une agréable luminosité. Un soir de juin en rentrant chez moi où j’avais laissé les fenêtres grandes ouvertes, je trouvais la cage vide. Coco s’était échappé, envolé vers d’autres aventures et de nouveaux propriétaires à martyriser. J’éprouvais un bonheur rare, certain de m’être débarrassé du volatile sans avoir à supporter la responsabilité de sa disparition.

Le lendemain soir, je croisais dans ma rue l’épouse de mon propriétaire qui me demanda d’un ton détaché : « N’est-ce pas vous qui possédez un perroquet ? » « Oh si Madame, mais hélas, il s’est échappé » répondis-je d’un ton faussement dépité.

« Rassurez-vous jeune homme, il a atterri dans la cour. Mon mari a essayé de l’attraper. Il l’a mordu jusqu’au sang. Il a dû consulter le médecin. Allez donc récupérer votre oiseau! »

Rouge de honte, tout penaud, je m’exécutais. Coco réintégra sa cage et mon martyr se poursuivit encore pendant de longs mois.

Philippe

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