Souviens-toi, Jonathan

Observe bien ce cliché un peu raté, Jonathan.
Nous avons alors onze ans. La kermesse sonne la fin de l’année scolaire et du primaire, pour nous qui allons rentrer au collège. Nous disputons une épreuve de tir à la corde. Je suis juste devant toi, le visage tendu, crispé, tordu par l’effort pourrait-on croire. Mais souviens-toi Jonathan, il y a autre chose. Le matin de ce jour-là, tu m’annonces ton départ pour une autre ville.

Mon monde s’écroule.

Souviens-toi Jonathan.

Nés le même mois, la même année, nous habitons la même rue, nos mères comme nous sont inséparables et dans nos familles tout se partage et s’échange : les goûters, les devoirs, les anniversaires, les transports, les week-ends à la campagne, les centres aérés, les oreillons, la varicelle et les poux aussi.

Ce jour- là Jonathan, je tire comme un fou, nous ne nous verrons plus, mon univers se vide et je voudrai mourir et je tire cette maudite corde à en mourir et je déteste les adultes qui changent la vie sans tenir compte des enfants.

C’était il y a vingt-cinq ans. Naturellement, banalement, le temps, l’éloignement ont eu raison de nos belles promesses de nous retrouver.

C’est après avoir rencontré ta mère tout à fait par hasard que j’ai ressorti ce cliché de sa boîte. Je te l’adresse. Te souviens-tu Jonathan ? Ce jour-là nous avons gagné.

Julie

 

 

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