Je passais par là

Ce jour-là, je passais par- là, où chaque jour de ce triste été je passais. Je marchais, enchaînée volontaire à cette île de l’atlantique. Je pensais y noyer le chagrin d’un amour fini. Je marchais. Mes pas me ramenaient toujours sur cette longue digue, pour la même promenade. Bol d’iode et d’embruns, je respirai enfin et me réparais de ce que je croyais insurmontable. Mais ce jour-là, mon regard fût capté par la puissante présence d’un couple. Les voyant de loin, je ralentis mon pas, pour mieux les découvrir. Un homme, une femme, accoudés contre le mur de la digue, avec juste en bas, et pour seul horizon la mer. Lui, grand, corps nerveux et souple, portant pantalon rapiécé, drôle de chemise à carreaux, et casquette en coin. Ce bel homme brun, un peu mauvais garçon d’allure, jetait sur la femme d’à côté un petit regard glissé. Venait-il de lui dire quelque chose dont il attendait la réponse ? S’ils n’avaient été pieds-nus tous deux, j’aurais juré qu’ils ne se connaissaient pas, juste posés là par le hasard du temps et de l’espace. Mais là, ils avaient quitté leurs chaussures ensemble, j’imaginais. Elle, plus petite, jeune femme brune à la chevelure sagement retenue. Haute taille, fortes hanches, vêtue d’une élégante robe à motifs graphiques et sophistiqués Elle semblait rêver, penser peut être, se perdre en elle un peu ou ailleurs beaucoup. Indifférente à l’appel muet de l’homme à ses côtés. Venaient-ils de se quitter, de se rencontrer, de se disputer, de s’accorder enfin ? Ils ne disaient pas. Ils pensaient. Ils rêvaient, mais peut- être pas à la même chose. Seul le bruit de la mer en avalant leur distance, emplissait ce silence entre eux. Sombre présage d’une distance plus grande encore à venir. Pas de vent dans leurs cheveux, pas d’oiseaux dans le ciel. Le vide, le silence. Statues de sel dans un univers liquide et minéral. Où commence l’amour, pourquoi et comment finit-il ? Ces deux -là, sans le savoir, en partageant mon questionnement, l’apaisaient. Merci vous deux, de m’avoir tiré de mon désespoir et vous mêlant à l’indicible, de m’avoir sauvée, au moins ce soir de l’immensité de mon chagrin. Pensez bien à rester en amour, aussi légers que possible, aussi légers que ce soir d’été sans brise, sans bruit, sans mot.

BN

 

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