Zut

On ne dit plus  zut,  on dit merde.
Pour moi c’était une véritable victoire ce passage de l’un à l’autre. Sortir de la sirupeuse enfance dans laquelle je grandissais, empesée de règles. Bâtir ma langue à coup de gros mots encore un peu timides. Pas comme dans la cours de récré  avec une ritournelle de pipi caca boudin. Non,  un « merde »  haut et tonitruant, dans une vraie phrase avec du sens et une cible désignée. J’abandonnais zut, avec le même frisson d’interdit qu’on allume sa  toute première cigarette.
Mais je n’étais pas la seule et zut a disparu. On l’a tous oublié au bout de l’alphabet, comme une paresse d’aller jusqu’à la vingt-sixième lettre. Alors zut, juste pour l’entendre encore, lui faire prendre l’air d’un siècle qui ne veut plus de lui. Et ranimer avec,  un peu de mon enfance perdue.

BN