Tire-d’ailes

Prendre une tirelire fantasque et poétique
Petite boîte à montre gousset, précieuse et finement ornée
La cacher dans la doublure d’un manteau ample et confortable
Pour la rendre invisible aux yeux des importuns et des incrédules.
Prendre la route vaillamment armé du talisman afin de traverser
Les forêts profondes des territoires lointains et les plaines ensoleillées.
Pas à pas y ranger à chaque découverte et avec le plus grand soin:
Les boules de Noël, la magie des lumières,
La neige et son silence, les flammes de la cheminée.
Puis avec l’âge et la curiosité
Nos errances dans les opiacées de Baudelaire
Les chagrins de Verlaine et les chants de Musset.
Ne pas oublier deux sonates de Mozart en adagio
lumineuses et légères semant dans le jardin de notre âme
de frêles coquelicots.
Enfin y glisser le passage à gué d’une rivière claire et pure

menant à la chapelle où la vierge à l’enfant de Filippo Lippi

nous sourit et nous rassure

dans l’opacité de l’encens et de la myrrhe.
Là le voyage, presque terminé, laisser choir le manteau, devenu inutile.
Prendre la tirelire riche de tous ces trésors et profiter d’un passage d’hirondelles
Pour s’envoler là-haut vers le ciel
A tire-d’ailes…

Sylvie