Route

A la sortie du village, au milieu d’un virage en épingle à cheveux le muret de protection est comme coupé en deux. Une petite route étroite s’échappe sur la droite, un panneau sans âge indique « Plateau du Saugué ». Immédiatement, elle emprunte un pont qui enjambe une gorge profonde au fond de laquelle gronde le gave et monte en ligne droite au milieu des hêtres et des bouleaux. Puis, sans préavis, elle bifurque violemment sur la gauche et attaque une pente plus sévère. Elle dépasse quelques bâtisses isolées et deux hameaux. Progressivement, les arbres se font plus rares, les maisons également. Ultime incongruité, on aperçoit soudain en contre bas de magnifiques tipis indiens comme échappés de la Conquête de l’Ouest. La route attaque maintenant de front la montagne et grimpe à marche forcée. La végétation change, devient plus dispersée et maigre, laissant apparaître des éboulis et des blocs de pierre. Quelques frênes, des taillis et des arbustes remplacent les arbres majestueux du début, remparts dérisoires pour empêcher les véhicules de verser dans le ravin. La route enchaîne une série six lacets resserrés qui mettent à mal les moteurs des rares automobiles ou les mollets de randonneurs les plus endurcis. Au terme de cet effort dense et soutenu, elle s’apaise. L’horizon s’éclaircit, le ciel reprend toute sa place. On devine au loin des sommets qui barrent le paysage. La route file désormais à flanc de montagne tranquille au milieu de prés entretenus avec soins. Elle frôle quelques granges et atteint sans hâte le pont de Pontout, charmant petit arche de pierre surplombant le torrent. Sitôt l’obstacle dépassé, elle affronte de nouveau la montagne et se bat contre des pentes rudes pour un ultime kilomètre. Exténuée par tant d’efforts, même plus goudronnée, réduite à l’état de piste, exsangue, elle arrive à son terme et débouche sur une sorte de petit parking bordant sur des prés presque plats. Devant les yeux émerveillés des téméraires qui ont affronté ces sept kilomètres de montée abrupte se dresse le Cirque de Gavarnie. Ensemble calcaire majestueux, muraille abrupte presque en demi cercle avec ses neiges éternelles, ses sommets qui trônent à plus de 3000 mètres et sa cascade majestueuse. On ne regrette rien, on comprend soudain la fascination pour ce panorama et on remercie la petite route de nous avoir menés jusqu’ici.

Philippe

Une réflexion au sujet de « Route »

  1. Magique ! C’est tout à fait ça ! Ce texte résonne en moi comme un air de biniou sur les monts d’Aretz et il me rappelle aussi mon dernier passage au Saugué, lorsque, ébahi par la majesté du lieu j’ai croisé un de ces fameux randonneurs si bien évoqués par ce texte… mais celui-ci avait aux mollets affûtés par l’effort une bien étrange paire de chaussettes dont on parle encore dans la vallėe

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