Précarité

A l’angle de la rue Monceau et des Primevères, habite Madame Boulé Liliane, divorcée de Monsieur Boulé Yannick ex artisan à son compte, vendeur de Cycles à Maubeuge.

Liliane Boulé ne perçoit qu’une modeste retraite qui ne lui permet pas de vivre décemment. Triste sort de ces femmes d’artisans non déclarées. La perspective d’un avenir radieux n’est pas à l’ordre du jour, mais elle s’accroche à rendre sa vie meilleure, en faisant du porte à porte pour des Journaux gratuits et, chaque Samedi, elle vend quelques toiles peintes de sa main, reste de ces années où elle fréquentait Les beaux-arts à Paris. Malgré tout, cette femme reste digne, toujours coquette avec son tailleur gris son chemisier blanc, accompagné d’une veste surpiquée en tweed, ornée d’une rose à la boutonnière, toujours les souliers vernis.

Elle a du mal à se fondre dans cette masse populaire, de plus en plus nombreuse chaque année, dans cette queue interminable, qui rationne son quotidien. Elle n’arrive pas à faire le deuil de ces heures glorieuses, mais elle le sait, elle le voit, la misère est au bord de chaque porte. Elle prie pour ne pas tomber malade, elle prie aussi pour ses enfants qui ne viennent plus la voir.

Vieillir ne lui fait pas peur, les épreuves elle connait, mais sa vie serait peut- être un peu meilleure avec une petite dose d’amour.

JUNE