Picon

Pour les Bordelais de ma génération, ce terme ne désigne pas la boisson amère traditionnellement associée à la bière mais un asile d’aliénés, Château Picon.

Enfant, je passais régulièrement devant en voiture  ou avec le bus de ramassage scolaire qui m’emmenait à l’école primaire. Dans la cour de récréation, pendant nos jeux, nous aimions parfois crier en rythme pour nous faire peur « Picon, Cadillac, Charenton ! » sans avoir la moindre idée de ce que cela signifiait vraiment et de la réalité qui se cachait derrière ces hauts murs sombres. Avec le temps, Picon a été rebaptisé Centre Hospitalier Spécialisé Charles Perrens. Un nom moins propice à susciter l’imagination enfantine.

Il y a quelques années, un matin semblable aux autres, sans comprendre je me suis  totalement effondré dans le cabinet de mon médecin généraliste. Emporté telle une barque par une gigantesque déferlante. Quelques phrases confuses, des flots de larmes et de sanglots.  Le praticien a refusé de me laisser rentrer chez moi. Peu après, je traversais la ville toute sirène hurlante, un rêve de gosse sauf que je n’étais par le gendarme poursuivant les voleurs mais un patient allongé sur le brancard d’une ambulance. Direction Charles Perrens.

Nous étions début mai. Le ciel était clair et la salle d’attente des urgences psychiatriques réchauffée par les rayons du soleil. J’ai attendu là, longtemps, avant d’être pris en charge avec attention et un professionnalisme délicat. J’ai accepté d’être hospitalisé.

Deux infirmiers m’ont conduit vers un service de soins fermé. On me parlait avec calme et douceur. On m’a montré un lit dans une chambre double et donné une chemise d’hôpital pour la nuit. Les fenêtres étaient condamnées. Je pouvais sortir de ma chambre et circuler librement dans le service mais pas le quitter. L’accès était réglementé et strictement contrôlé. J’imaginais rester deux jours, ce fut plus d’un mois et demi. Je venais de passer de l’autre côté du mur.

Philippe

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