Pétillance

La salle à manger, je la traverse comme à l’habitude et je lance un bonjour à la cantonade, quelques regards échangés, peu de choses en vérité. Ils déjeunent et je vais faire de même.

Nous savons eux et moi que nous partagerons des moments plus privilégiés au cours de l’après-midi.

Sauf Jean-Claude. Il me guette, il sait que le mardi est le jour. Il est déjà assis devant le repas proposé, une aide-soignante tient la cuillère.

Il me voit passer et m’interpelle avec un regard qui brille de bonté et de désir.

Alors, je m’arrête : C’est le rendez-vous, la coutume, le rituel.

Nous échangeons quelques mots, et je suis raccord avec lui dans la pétillance de nos propos. Il sourit, il a peu la parole et dit oui à mon regard, dit encore oui à ma main que je pose sur la sienne. Et encore oui à toutes mes paroles. J’offre mon regard et mes mots.

Jean -Claude fait envoyer des fleurs dans mon bureau, et même à Noël, des chocolats.

La pétillance de notre rencontre se prolongera dans l’après-midi, parce qu’il ne s’installe jamais loin de mon bureau, ce qui nous convie à nous croiser encore.

Et c’est encore ce regard que tu m’as offert aujourd’hui. Le dernier !

Après un week-end douloureux, tu as perdu le souffle, je suis restée près de toi, longtemps.

A moi d’assumer la pétillance et la douceur, tu vas mourir et ta brillance va tant me manquer.

Nous nous étions fait le cadeau d’une place à part.

A part de tous les autres, au-delà du handicap, au-delà de ma fonction.

C’est une belle rencontre hors des schémas et des cinémas.

Chaque année, le foyer organise « la soirée des familles ». La tienne de famille n’existait plus depuis longtemps.

J’avais l’honneur et la grâce d’être ton invitée.

Salaud, pétillant tu restes, mais tellement absent.

 

Tonie