Matin

Se lever tôt, toujours.
Surtout être seule, se préserver l’instant.
Se couvrir un peu.
Aller vers la cuisine,
automate ou funambule,
lancer la Bialetti.
Tourner en rond, torpeur,
vague impatience.
Attendre le premier crachotement,
puis l’ultime expiration annonciatrice du café fait.
Verser ce dernier de préférence dans un bol,
pour la rondeur.
S’asseoir, peu importe où,
au sol parfois.
Ramener un genou contre le cœur et refermer les bras dessus.
Fœtus.
Saisir ensuite le bol entre les paumes.
Le café noir dans le bol blanc.
Boire à bonnes gorgées,
sentir le liquide descendre lentement,
douce chaleur.
Sentir alors les brumes se diluer,
Le flou s’effacer.
Revenir à soi-même.
Se déplier enfin, offrir ses ailes à la réalité.
Ouvrir les yeux vraiment et la fenêtre aussi.
Apprécier le temps qu’il fait et les toits de la ville,
Desserrer l’étreinte du bol, le poser.
Penser à de grandes ou petites choses,
Tristes ou gaies.
Se savoir vivante.
Faire vite maintenant.

Julie