Mélancolie

Mélancolie, mon vieux vague à l’âme, ma douce tristesse sans cause des jours où il fait trop gris ou trop beau, nous n’avons pas toujours été amies.

Mélancolie, toi qui portes un si beau nom, lent et long et harmonieux, un nom pour une étoile dans le ciel, une fleur ou une valse, d’où viens-tu ? D’où me viens-tu ? De nulle part, du fond des âges ?

Mélancolie, je te reconnais dans les yeux des aïeux sur des photos jaunies, ce regard un peu lourd et vague dont je suis aujourd’hui héritière et que ma mère qualifiait de « proustien » et mes frères moqueusement de « merlan frit » !

Mélancolie, combien de fois m’as-tu gâché la fête en te collant à moi au milieu des rires et des cotillons ?
Combien de fois ai-je éprouvé ce sentiment de n’être pas tout à fait LÀ, comme une sorte de manquement au diapason de la vie ?
Combien de fois me fis-tu pleurer devant la misère ou la détresse, pour un air de violoncelle, la brume d’un matin d’automne?
Combien de fois m’empêchas-tu d’agir en me soufflant de  décourageants arguments sur l’inanité des choses ?

Mélancolie, j’ai voulu dans la course au bonheur formaté, t’échapper. Avec de petites pilules roses je fus évidée de toi, je perdis ma substance, j’oubliais la profonde conjugaison des verbes regarder et entendre : j’étais réduite à voir et écouter !

Mélancolie je te suis revenue, nous continuons désormais notre route ensemble et si tu m’encombres  encore parfois, si tu me fais passer du rire aux larmes n’est-ce pas parce que tu es la conscience aigüe de l’offense, du malheur, de la folie mais aussi de la beauté du monde ?

Julie

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