Lenteur

J’ai enfin décidé de lui offrir une place de choix dans ma vie.

Après l’avoir longtemps rejetée, étant pour moi synonyme de faiblesse et d’une forme d’inadaptation, voilà que non seulement j’en sollicitais ses effets mais que je m’appliquais à la côtoyer, à l’inviter dans mon quotidien, à ma table, à la maison.

Elle s’est immiscée dans ma vie par petites touches, si discrètement que je ne m’en suis d’abord pas aperçu.

Le jour où j’en ai pris conscience, trop tard, elle était installée.

A son rythme, si différent de celui dans lequel je m’étais laissé enfermer toutes ces années, la couleur du ciel devenait plus intense, le gout du vin dans ma bouche plus subtil, l’épluchage des légumes pour le potage ou le dénoyautage des mirabelles pour la confiture un savoureux moment à vivre en pleine conscience.

Pour réussir notre cohabitation il m’a fallu une période de rééducation pour résister au modèle imposé de la vie qui propose toujours plus, toujours plus vite.

La choisir relevait du défi, témoigner de ses bienfaits c’était résister.

A la fréquenter, la rêverie devenait un luxe, le regard une intention, le livre un compagnon.

Le temps passé n’était plus du temps perdu.

             Marie Sentenac
15 décembre 2015