MusiK

Les mêmes bancs d’étudiants nous avaient réunies un jour d’octobre. Tu étais mon contraire, cela nous rapprocha.

Je sortais du lycée, tu avais occupé plusieurs emplois déjà. Tu aimais les maths, elles m’étaient étrangères. Tu avais mari et enfant, j’habitais chez ma mère. Tu étais l’aînée, j’étais la plus sage. Tes tuniques brodées et tes Clark narguaient mes chemisiers blancs et mes mocassins marine.

Après les cours tu me reconduisais chez moi, c’était sur ton chemin, disais-tu. J’ai su plus tard qu’il n’en était rien. Tu avais collé sur ta 4L turquoise de grosses fleurs de couleur. Celles que tu peignais au bas de tes jeans pattes d’éléphant étaient petites et blanches.

Je me souviens de la toute première fois où tu as glissé une cassette dans le lecteur du tableau de bord : un chaos électronique a crispé mes oreilles. Mon air pantois devant cette agression t’a fait rire. Tu n’as pas eu pitié, il m’a fallu endurer pendant toute la traversée de la ville la rythmique répétitive et les voix synthétiques d’un groupe allemand qui s’essayait à la musique expérimentale.

KraftwerK fut ton premier geste pour me bousculer un peu.

Martine