Joie

Prononcer le mot est déjà promesse de lumière et de légèreté. L’articuler en dedans de moi ouvre l’horizon. La joie. La joie multiple, insaisissable, intense ou minuscule. Elle éclaire mes pas depuis l’enfance. La joie est ma résistance au désespoir, à l’absurdité du monde tel qu’il va, à mes peurs, à la noirceur de certains instants.

Quand l’orage gronde, quand toutes les issues sont barrées, que la mort m’encercle. Quand les nuages stagnent bas dans le ciel. Quand je perds l’essence de ma vie, je puise un éclat de joie dans ma mémoire. Comme on craque une allumette dans une cave humide et sombre. Quelques étincelles suffisent à m’indiquer une sortie. Joie fragile. Joie que j’articule du bout du cœur pour me laisser guider à nouveau vers la vie. Joie puisée dans une musique, dans un rayon de lune, dans le sourire de l’enfant, dans la tendresse partagée. Joie fugace du vent qui ébouriffe, de la beauté d’un tableau, de l’appel du rossignol, des premières jonquilles. Joie de respirer, d’entendre rire, de fouler un sentier de mousse. Joie du crépitement du feu de bois. Joie du livre que je découvre. Joie dans la saveur d’un plat.

Si le paradis existe, je l’imagine comme la possibilité de vivre et de savourer à l’infini les joies cueillies au cours de ma vie.

Sophie Ducharme