mettre les points sur les i

Un i sans point ne ressemble à rien. A peine un trait sur la feuille, une rature, une bavure. Impossible à associer à une lettre, il devient le SDF du texte.

Le i sans point n’a pas de son, pas de sens. Pas de lumière. Comme si ce point manquant brouillait la couleur du i. D’où la nécessité irréfutable de savoir mettre les points sur les i. C’est une opération délicate car il ne s’agit pas de n’importe quels points : ces points doivent être précis. Ils ne doivent pas louper le coche, ils ont une mission à remplir : rendre au i sa lumière et sa force. Pour les poser, il faut une belle dose de conviction, un encadrement clair et volontaire, dénué de poussières d’énervement. Car les points sur les i peuvent facilement déraper et se transformer en hiatus. Impossible de poser un point sur un i qui oscille. Pas plus tard qu’hier, mon point a dérapé et ma phrase en était toute amochée.

Les points sur les i doivent énoncer, clarifier. Parfois même morigéner au risque de devenir barbant. En tout état de pause, ils ne peuvent laisser place au doute. Impérieux, ils offriront aux i toute leur majesté. Les i pourront alors se tenir droit. Droits comme des i. Un point c’est tout.

Sophie Ducharme