Folie

Comme un tableau de ce peintre polonais au nom imprononçable,
la folie me séduit, me happe et me fait trembler.
Une tension cosmique qui fait cambrer le dos, un souffle scandaleux qui enserre les épaules.

Je dois, il faut résister.
Ne pas perdre la raison,
violer la norme et provoquer la démesure .

Et pourtant foudroyante, cette folie m’envahit, balaye et transforme la détresse en une force invincible.
Oubliant l’infortune, elle tend à rejoindre le divin.
Telle une tragédie antique, elle s’élève au-dessus des humains
et leurs turpitudes, leur médiocrité.

Je sais alors qu’elle est une réponse, une possible échappée à la misère humaine.
Fuir les mensonges et les chagrins.
La laideur et la méchanceté.
Je m’envole et je vole. Loin, encore plus loin.
Comme un rêve exaucé, une île parfumée de vibrations musicales,
intensifiées par l’odeur du soleil sur ma peau.

Je peux m’allonger, savourer le plaisir du vivant,
un être d’émotion et de fantaisie : « l’imagination au pouvoir ».
Mais c’était sans compter sur les délais autorisés.
Et comme la fin d’un soleil couchant, subrepticement,
le rêve se précise en fantasme, la fantaisie perd ses couleurs,
une lente descente me ramène les pieds sur terre dans ce musée de Varsovie,
devant le tableau de Wladyslaw Podkowinski.

Tonie