Ellipse

Pas bavard, son cousin Victor. Va la voir, avait-il dit. Alain avait compris.

Il choisit un gros pull, grignota un sandwich, trouva du chocolat dans son placard. À minuit, il quittait Paris. Alain aimait la nuit. Il roula d’un trait jusqu’à Cadoux, s’autorisa trois pas sur un parking pour assouplir son corps courbatu.

Il arriva à Bourg-galant au chant du coq. Trop tôt pour Mado, pas pour Justin qu’il savait matinal. Alain gara sa Clio, marcha jusqu’au Bistrot du coin, surprit son copain qui astiquait son comptoir. Justin bloqua son torchon sur un zinc rutilant.
– Toi, ici, j’y crois pas !
Il lui offrit un grand noir.
– Toujours sans lait ? Ça fait quoi, cinq, six ?
– Plus ! Pour la communion du gamin.
– Dix ans alors, un bail !

Quand il quitta son ami, Alain promit : sûr, avant la Toussaint, mais là il lui fallait partir.

Il faisait chaud quand il arriva aux Grillons. Un lilas saturait l’air . Mado adorait son jardin, on l’y trouvait du matin au soir. Quand il contourna la maison, il crut un instant qu’il arrivait trop tard. Il s’immobilisa, puis sourit : sur son banc, Mado somnolait.

Martine