Effroi

J’ai 20 ans, je suis étudiant. Ce soir-là, comme souvent avant de m’endormir complètement, j’écoute le flash info de France Inter à minuit. Nous sommes le 17 novembre 1986. Un seul titre à la Une : Georges BESSE, PDG de Renault, vient d’être abattu en bas de son immeuble alors qu’il rentrait chez lui. L’attentat est revendiqué par un groupuscule d’extrême gauche Action Directe. Dans mon demi-sommeil, je pense avoir mal compris. Suis-je en plein cauchemar? Non. L’information est confirmée, commentée. Je rallume la lumière et m’assois sur mon lit. Je reste interdit. Mes yeux s’emplissent de larmes. Je ne connais pourtant pas cet homme. Cet assassinat me glace plus encore que les bombes aveugles qui ont ensanglantées Paris de février 1985 à septembre 1986 avec comme point d’orgue l’explosion devant le magasin TATI de la rue de Rennes, faisant au total 13 morts et plusieurs centaines de blessés. Cette fois, la politique étrangère de la France n’est pas responsable de cette violence haineuse. Les auteurs ne sont pas lointains et mystérieux. Ils sont identifiés très rapidement. Ils sont Français et pourraient être nos voisins. Comble de l’ignominie, il s’agît de deux femmes âgées d’à peine 27 et 29 ans. Comment ont-elles pu abattre de sang-froid un homme désarmé? Au nom de quelle idéologie barbare? Du dévoiement de quel idéal? Ces questions resteront sans réponse. Demeureront à jamais l’incompréhension, l’effroi et le dégout. Lors de leur arrestation trois mois plus tard, les policiers retrouveront la mallette en cuir du PDG, elles l’avaient donnée à ronger à leurs hamsters.

Philippe

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