Galipette

L’enfant joyeux me tire par la manche :  » Grand-mère, viens ! Z’ai une surprise à te montrer ! En fait ZE sais faire la galipette ! « 

L’enfant m’entraîne vers le tapis du salon. Il se concentre pour prendre la position : il enroule sa tête entre ses mains posées au sol, lève son petit derrière, fait une brève pause pour vérifier, de biais, mon regard.

L’enfant sait déjà que les grandes personnes, toujours occupées à Dieu sait quoi, ne sont pas toujours attentives à son spectacle ou bien feignent de l’être. L’enfant, enfin, pousse sur ses jambes. En suspension, il oscille légèrement à droite puis à gauche, s’enroule sur lui-même et se retrouve plus ou moins assis, triomphant. Il rit.

J’applaudis tout en me massant machinalement, avec une grimace, mes cervicales arthrosiques. « Ze recommence, ze sais en faire des mieux !  » Et l’enfant- caoutchouc recommence encore et encore : tête en bas, fesses en l’air, jambes en l’air.

Sa chorégraphie chaotique et incertaine m’émeut. Ce petit d’homme découvre comment se mouvoir dans l’espace, apprend à dompter tous ces membres et ces articulations qui font bouger le corps. Il triomphe d’avoir vaincu la grande peur de se casser pendant le temps où il reste suspendu.

Quand l’enfant aura un peu grandi, au cours de gymnastique, il débaptisera la galipette. Elle deviendra roulade. C’est la même chose, en plus fignolé, en plus sérieux.

En est- ce pour autant terminé de la galipette ?

Non, et je vois que vous y pensez aussi.

Plus tard il connaitra ces galipettes que l’on fait à deux quand on est amoureux, fesses en l’air, jambes en l’air, caramboles et cabrioles, fantaisie toutes voiles dehors et ce même bonheur triomphant qu’aujourd’hui.

Julie

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