Courir

Juste après marcher, savoir courir.

Petites pattes potelées, stop, pas assez speed.

Place à gambettes fluettes et véloces pour mieux courir.

Partout, but ou pas but, gendarme ou voleur, chasse aux papillons, armée de marmots. A travers champs, jambes fouettées d’herbes folles. Vite plus vite, toute une vie à rattraper, pas le temps de musarder. Courir déjà et puis courir encore. Après le temps tout le temps, mine- de- rien, sans podium, objectif, obsession. Laisser l’action prendre le dessus d’une vie à bâtir avec du rêve mais pas trop, course de fond sonore, sprint à l’illusion. Ne pas laisser au corps le temps de s’alourdir, de vieillir. Passer près des autres un peu trop vite, ralentir un peu mais pas assez, déjà plus là, plus loin. Ça ne fait pas rien mais c’est comme ça. Le souffle est bon, le muscle cardiaque solide mais le cœur n’y est plus.

Boum. Badaboum C’est la chute. Déséquilibre dans le tempo. Genoux à terre, j’ai mordu la poussière. Stop. Impossible de franchir la ligne d’arrivée, gouttes de sueur et gouttes de sang. Je vais ralentir un peu, me relever d’abord, ouvrir les yeux, écouter un peu mieux. Je contournerai l’obstacle en marchant, nez au vent, ne plus courir, parcourir.

 

BN, 12 mai 2016