C’est compliqué

ll y a des mots qui me blessent, d’autres qui me choquent ou bien me troublent, voire même peuvent me faire pleurer.

Et puis, il y a des mots qui m’agacent. De ces mots qui reviennent fréquemment pour expliquer, n’expliquant rien.

Le mot – compliqué – Quand je demande à ma fille pourquoi elle a l’air triste, ses premiers mots : « C’est compliqué. »

Quand j’interroge mon amant sur son attitude si déroutante, il me dira : »C’est compliqué ». Quand m’adressant à une étudiante, sur ce qu’elle a éprouvé devant une souffrance énoncée, « c’est compliqué ».

C’est toujours compliqué ! Et bien non, vous m’agacez ! Les logarithmes, c’est compliqué, l’échelle de Turin, c’est compliqué. Tout finit par être compliqué et les relations humaines viennent en tête.

Ce mot compliqué m’agace parce que j’y entends un territoire étranger, inaccessible. Une porte qui ne s’ouvre pas, un entremêlement de tourments éloignés, intraduisibles.

Une histoire aux couleurs censurées.

Je suis désemparée par cette confusion annoncée. Ma demande est renvoyée, blackboulée. Je suis prévenue de l’indicible !

Alors, j’insiste, je louvoie, je « stratégise », j’offre un regard bienveillant, je peux même aller jusqu’à jouer la compassion. Avec un peu de chance, j’obtiendrai : « Ce n’est pas si simple ». Le rideau cramoisi cache encore la scène, mais il est entrouvert, l’auteur se rassure et s’assure que son spectacle sera entendu.

« C’est compliqué », il ne suffit pas que tu me le demandes pour que je te le dise. Mais est-ce de le dire qui est compliqué ? Où est-ce « Ce qui est à dire » ? Est-ce comment le dire ou pourquoi le dire ?

Rendre compte de l’éprouvé, ce n’est jamais compliqué. Justifier une attitude déroutante, ce n’est pas compliqué. Confier sa tristesse ce n’est pas compliqué .Je ne supporte plus ce mot, il m’exaspère.

Ne vaudrait-il pas mieux utiliser le mot difficile ? Gravir une paroi rocheuse, ce n’est pas compliqué, il y a des règles, des recommandations, un apprentissage, cela restera difficile. Mais alors, énoncer le difficile, c’est se préparer à l’exigence, c’est affronter le danger sans pour cela renier sa peur, ni sa peine.

Tonie

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