Casserole

Casserole. Plusieurs fois, j’ai répété dans ma tête ce mot si étrange soudain : casserole. Sidérée par l’étonnement devant ce mot banal devenu brutalement étranger, insolite. Pourquoi désignait-on cet objet par ce curieux assemblage de syllabes : cass’role, casserole ? Voilà que ce mot singulier ne faisait plus corps avec l’objet, le monde se scindait.

Je n’osais pourtant pas questionner mes parents. Du haut de mes cinq ou six ans, je soupçonnais sans doute qu’un « parce que » au mieux indifférent aurait brisé net la magie de ce moment. Car nul doute qu’à cet instant précis, je touchais là un des grands mystères de l’existence. Ce monde des mots, je voulais peut-être le garder pour moi, pressentant qu’il me procurerait un refuge, que parler mettrait en péril le fragile équilibre de mes relations aux autres.

Alors j’ai laissé ce mot se promener dans ma tête un long moment, comme pour me l’approprier : casserole, cas-se-role, cass’role. Je ne me suis pas autorisée cependant à jouer avec lui ce jour-là, la transgression aurait été trop forte pour que j’ose ces pirouettes réjouissantes :
Cas Serole : dossier évoqué lors d’un procès
Casse-role : ancien nom du casse-noix
K.Serole : nom inscrit sur la plaque de cuivre d’un cabinet médical voisin
Casse-role : nouveau ballet de la Compagnie Béjart.

Mais aujourd’hui je me permets même de l’habiller d’un accent pour en faire un casse-rôle briseur de carcans.

Martine

 

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